05 Juin Un millésime qui poursuit sa course en tête
TOUJOURS PLUS CHAUD, TOUJOURS PLUS TÔT
Une première semaine de canicule se termine tout juste sur une grande partie de la France. Les températures ont franchi les 35 degrés sur une grande partie du pays. Des températures certes chaudes, mais pas suffocantes pour début juillet. Le problème ? On est en mai. Une vague de chaleur d’une telle ampleur si tôt dans l’année, c’est évidemment une première historique. Météo France parle d’un épisode de chaleur « inédit, historique et exceptionnel pour un mois de mai » . Plus de 1400 records de température ont été battus entre le 21 et le 30 mai, le 26 mai devenant la journée la plus chaude jamais enregistrée en France pour un mois de mai. Jusqu’à 39°C relevés à Fitou.

JUSQU’ICI TOUT VA BIEN …
Une chaleur précoce mais une vigne qui ne manque pas d’eau pour le moment. Les pluies abondantes de l’hiver ont en effet permis au sol de bien se recharger en eau. Pour autant, très peu d’épisodes pluvieux se sont déroulés durant la période de forte sensibilité de la vigne aux maladies cryptogamiques. À l’exception de l’important orage ayant eu lieu au début du mois de mai, à l’origine de cumuls très importants sur le montpelliérain (81,2 mm à Prades-le-Lez, sur la seule journée du 4 mai, encore un record ! Source : infoclimat) et sur une partie des plaines nîmoises. S’il a donné lieu à l’apparition de plusieurs foyers primaires de mildiou, la pression du champignon demeure nettement moins forte que sur les deux derniers millésimes. C’est encore plus vrai sur les secteurs épargnés par l’orage de début mai. Il faut rester toutefois vigilant sur l’oïdium, bien présent sur le territoire, et qui pourrait profiter de l’espacement des cadences de traitement pour s’installer plus durablement.
Les équilibres au vignoble sont prometteurs, avec de belles expressions végétatives et des charges équilibrées (pas excédentaires cependant mais la taille des inflorescences puis des grappes est belle). On commence, maintenant que la floraison est avancée, à observer localement un peu de coulure/millerandage (surtout sur les floraisons plus précoces pendant l’épisode perturbé de début mai), mais à confirmer. Voir ci-dessous un grenache à grain de plomb début juin dans les Terrasses du Larzac.

Chaleur, eau et absence de maladies, un cocktail idéal pour un développement d’une rapidité record de la vigne. Ce n’est donc plus de la floraison mais bien d’une nouaison bien avancée dont on parle en ce début juin. Il faut dire que cette vague de chaleur suit un mois d’avril particulièrement chaud lui aussi.
À Pézenas, au mois d’avril, il a fait en moyenne 1,7°C de plus qu’en avril 2025, pourtant déjà très chaud. C’est 3,2°C de plus que les normales de saison 1991-2020 ! (Source : infoclimat). On retrouve cette tendance partout sur l’arc méditerranéen, avec en moyenne 1,4°C de plus en avril 2026 qu’en avril 2025, et 0,5°C de plus en mai 2026 qu’en mai 2025 (moyenne prise sur les 4 stations relevées ci-dessous).

Le démarrage précoce se confirme donc et s’accélère encore. On comptait déjà 7 à 10 jours d’avance, à floraison, par rapport à l’année dernière. La tendance est maintenant plutôt autour de 10 à 15 jours d’avance.
… MAIS JUSQU’À QUAND ?
Évidemment, plusieurs questions se posent face à ces records de précocité et de température.
La première est évidemment celle de l’eau. Si elle n’a pas manqué jusqu’à présent en 2026, ce premier épisode de chaleur pourrait vite changer les choses. La disponibilité en eau des sols baisse nettement depuis quelques jours. L’arrivée de pluies significatives sera nécessaire durant le mois de juin pour éviter l’installation d’une contrainte hydrique précoce sur le vignoble.
L’autre interrogation porte sur le comportement de la vigne face à cette canicule précoce. Si elle a semble-t-il bien digéré cette semaine de forte chaleur, le caractère inédit de cet épisode de canicule en mai nous laisse sans recul vis-à-vis de son impact sur le végétal pour la suite de la saison. Il sera donc nécessaire de rester bien attentif au comportement du vignoble ces prochaines semaines, notamment sur le bon fonctionnement physiologique de la vigne et l’apparition de carences précoces.
Enfin, la question de la date de démarrage des vendanges s’impose. À ce rythme, les congés estivaux deviennent un vrai sujet ! La course est lancée : les premiers raisins arriveront-ils dans nos cuves avant que les coureurs du tour de France n’arrivent à Paris, le 26 juillet ?
Une précocité inédite de la vendange se dessine, probablement dès la fin juillet sur les secteurs les plus avancés ou les bases « bulles » par exemple. Au minimum, muscats et sauvignons vont démarrer largement avant le 15 août cette année.
Cela soulève a fortiori les habituelles questions autour des décalages de maturité, entre accumulation des sucres et maturité phénolique.
À suivre …
