Lecture méridionale du millésime 2017

Lecture méridionale du millésime 2017

Depuis longtemps et selon la mémoire de chacun, il y a une constance dans l’inconstance. Chaque millésime est atypique et 2017 n’échappe pas à la règle !

De la douceur à la sécheresse

Une pluviométrie régulière et importante en Languedoc, dès l’automne 2016 et pendant la totalité de l’hiver, a permis une bonne recharge des réserves hydriques des sols, ainsi qu’un maintien satisfaisant de l’activité photosynthétique des vignes. La pluviométrie automne/hiver en Vallée du Rhône a été en revanche déficitaire. Les températures hivernales ont parallèlement été douces, presque printanières. Cela a induit, sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, un débourrement précoce et une croissance végétative active.

Fin avril, marqué par une baisse importante des températures, a fortement « calmé » cette croissance. De larges zones ont été gelées, avec une intensité très variable : très fort impact sur la partie sud/sud-est et nord du Ventoux, le Comtat Venaissin, les Terrasses du Larzac, la vallée de l’Hérault et le Minervois ; impacts plus modérés sur Châteauneuf-du- Pape, Plan de Dieu et les Coteaux d’Aix. Même ailleurs, de façon très disséminée, certains bas de parcelle abrités ont été touchés significativement.

La croissance a repris peu à peu au mois de mai.

Les mois suivants ont été marqués par des températures élevées, avec des records à la mi-juin. Les dernières pluies un peu significatives jusqu’aux récoltes se produisent également à cette période, davantage sur les départements de l’ouest de l’arc méditerranéen, mais elles sont déjà insuffisantes.

Les mois de juillet et d’août sont caractérisés par la quasi-absence de pluie. C’est une situation inédite. La sécheresse s’installe, certains vignobles n’ayant pas vu d’eau depuis avril/mai, comme en Corse.

En Languedoc, les vignes traversent physiologiquement l’été en profitant des bonnes réserves hydriques du printemps. Mais ce sont évidemment les vignobles en sol profond qui en bénéficient le mieux. Les vignes expriment les premiers stress hydriques tardivement compte tenu du contexte climatique.

Sur les secteurs rhodaniens et les Cévennes gardoises, la situation est plus contrastée : les premiers signes de stress hydrique apparaissent dès le mois de juin avec des défoliations importantes dès la mi-août. Partout, les plantiers souffrent fortement. L’irrigation est salutaire lorsqu’elle est possible.

Une chute importante des rendements

Les rendements sont, à de très rares exceptions, fortement en baisse par rapport à 2016

(déjà une petite récolte). En effet, même si les assimilations minérales ont été meilleures en 2017 qu’en 2016, la sortie est faible, en particulier sur syrahs et merlots, conséquence de la période de sécheresse pendant l’initiation florale en 2016.

La coulure a accentué ce phénomène ! Elle n’a pas été générale comme en 2013 sur les grenaches, mais a pu localement être assez sévère (Châteauneuf-du-Pape notamment). Le gel de printemps a été le 3ème facteur limitant de la récolte.

Les dernières statistiques font état d’une récolte en baisse de 20 % (par rapport à la moyenne des années 2012 à 2016) en Languedoc et en Corse et de 17 % dans le sud-est.

Une millésime expressif et élégant

Les fermentations s’achèvent et les vins ont été dégustés déjà de multiples fois, avec l’attention extrême qu’impose la petite récolte, la sensation de rareté.

Les récoltes ont débuté avec une avance historique, de l’ordre de 2 semaines, sur tous les vignobles du sud. La faible contrainte sanitaire et les faibles rendements ont permis un étalement de la récolte dans le temps, une attente de belles maturités sans situation de flétrissement sévère, et une réception soignée de la vendange. La récolte s’est même particulièrement étalée pour les cépages les plus tardifs, dont la maturation a été très progressive.

2017 nous surprend par son beau potentiel aromatique. Les récoltes précoces du mois d’août n’ont pas été perturbées par les chaleurs. Ainsi, même les profils thiolés sont élégants et intenses.

Les acidités sont évidemment contrastées selon les situations géographiques particulières et les cépages. Les concentrations par flétrissement ont été rares et les teneurs en sucre n’ont pas été aussi explosives que d’autres millésimes.

Les pellicules sont restées longtemps épaisses pendant les maturations. Cela a permis aux zones plus fraiches de bénéficier d’une belle matière tannique, gage de tenue et de potentiel d’élevage (très favorable aux grenaches notamment). Cependant, il a fallu être vigilant sur l’extraction des tanins, assez rapide en début de cuvaison. La dégustation a été essentielle (comme toujours) pour doser l’intensité du travail du marc et la durée de cuvaison.

Les cépages noirs ont eu évidemment un potentiel de maturation important, y compris les plus tardifs. On constate ainsi que, le plus souvent, les mourvèdres et les carignans sont beaux avec des tanins puissants et mûrs. Les grenaches sont particulièrement expressifs et riches sur le secteur du Pic Saint Loup et la Vallée du Rhône. Les syrahs sont élégantes, veloutées, très fruitées, plutôt septentrionales. Les merlots sont eux, en revanche, souvent plus vifs et variétaux. Ils ont davantage souffert de la sécheresse et des chaleurs du mois d’août. Les cabernet-sauvignons ont bien mûri, les tanins sont denses, les bouches très équilibrées.

Henri Vernant (crédit : Olivier Proust)

Indiscutablement, 2017 est un millésime dédié au sang froid et à la maitrise technique ! Il a fallu être réactif pour démarrer les vendanges, puis être patient pour profiter de la météo extrêmement clémente du mois de septembre.

Elégance, finesse et rareté peuvent être les maîtres mots de ce millésime.